22.01.2012

Vers la piste des éléphants....

 Dimanche 10 août 2008 - Dans la rivière aux éléphants

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La sente serpente entre les ras épineux qui n'attendent que les premières pluies pour reverdir et faire le bonheur des ruminants. Hélas, tout est sec, de plus en plus sec j'ai l'impression..... Seuls les acacias semblent survivre dans cet environnement torride. Tout en avançant dans les traces de mes compagnons, je bénis cette légère bise matinale. Elle nous permet pour le moment de ne pas sentir l'ardeur des rayons du soleil. Je le sais, une fois encore aujourd'hui, les températures vont grimper inexorablement et proportionnellement à sa position dans le ciel. Le plateau a laissé la place à de douces collines et les monts Ndoto se prolongent sur notre gauche. Bientôt, nous apercevons son point culminant, bien loin de nous hélas.... 

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2 journées complètes d'autonomie emplissent nos sacs, et cette fois, je sens un peu plus les bretelles du mien, mordant mes épaules. J'ai décidé d'alléger David et Joseph de quelques centaines de grammes en portant ma propre nourriture. Après tout ce sont mes guides, pas mes porteurs ! 4 litres d'eau, 3 briquettes de jus de fruits, de la nourriture, un gobelet, quelques vêtements pour le soir, ma micro tente, mon sac de couchage, un demi matelas autogonflant, du tabac à offrir, mes caméra et appareil photo, plus leurs batteries et mon panneau solaire, sans oublier mon chapeau en cuir, voilà ce qui compose la bonne dizaine de kilogrammes accrochée à mon dos.... L'inconvénient, est que ce sac n'est absolument pas prévu pour, et je vais rapidement en ressentir les effets.....

La piste monte et descend. Nous avalons les kilomètres et les collines vers le Sud, à l'Est se dressent les contreforts grillés des Ndotos, tandis qu'à l'ouest se dégage vers l'horizon, l'immense plaine annonçant la vallée de la Suguta. Le désert est également très étendu de ce côté... Cà et là, sur les flancs des collines, on distingue de belles formes géométriques circulaires bien nettes : des manyattas au sein d'un enclos protecteur. Les femmes viennent nous observer, les enfants se précipitent, eux, encore plus près. Depuis le début de notre marche ce matin, nous croisons de belles femmes, parées de leurs habituelles couleurs chatoyantes et vives, ainsi que de leurs colliers du quotidien. Elles s'arrêtent sur le chemin, incrédules de ma présence, puis le dialogue s'installe rapidement. C'est à chaque fois quasiment le même :

- Bonjour, comment ça va ?

- Nous ça va bien, et vous ?

- Que faites vous ici avec un muzungu ?

- Nous marchons depuis South Horr !

- Ouuuuh ! Depuis South Horr ? Et où allez-vous ?

- Nous allons jusqu'à Wamba !

- Jusqu'à Wamba ? A pied ?

- Ben oui, à pied !

- Mais pourquoi faites-vous ça à pied ? Vous êtes fous ! Ce Muzungu ne peut pas marcher comme un Samburu !!! Trouvez lui une voiture !!

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Comme tous les peuples vivant de la tradition, les Samburus perpétuent des coutumes ancestrales. L'apiculture en fait partie, ils tirent profit des acacias dont les abeilles recueillent les substances les plus subtiles. Le miel produit est d'une douceur et d'une texture inégalée, ce que je vais constater dans quelques jours en croquant à pleine bouche des alvéoles sucrées. Leurs ruches sont bien évidemment artisanales, fabriquées dans des morceaux de troncs évidés, installées à la cime des plus grands acacias parasols, bien à l'ombre des feuillages, fixées par des lianes sommaires. Les abeilles font alors leur travail et il ne reste plus aux apiculteurs que de se hisser pour prélever la substantifique moelle que les hyménoptères auront produite.... 

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Le lit d'une petite rivière nous accueille pour la pause repas. Un feu s'impose pour réchauffer riz, pois, patates et épinards et faire bouillir un peu d'eau pour un thé brûlant et revigorant, tellement il est sucré. Même en pleine brousse comme où nous nous trouvons, nous ne connaissons jamais la solitude et c'est ainsi, qu'attirés par nos voix et l'odeur du repas en préparation, deux jeunes bergers ne tardent pas à s'asseoir près de nous, sans quitter des yeux leur troupeau de vaches. Nous partageons notre pitance avec plaisir, car ces moments d'échanges sont toujours des plus sincères et des plus humains qui soient .... 

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Je garde toujours près de moi mon cahier de notes, car il m'est important de pouvoir y transcrire rapidement mes ressentis et mes découvertes des moments passés et présents. Aussi, dès que j'en ai l'occasion, je couche sur le papier de la manière la plus fluide possible, les mots qui me trottent dans la tête alors que je marche. Ces mots qui m'aident aussi à avancer, alors que la fatigue et les douleurs m'envahissent. En quelque sorte, j'atténue mes maux par mes mots.....

Plus rapidement que je ne le pensais, il nous faut lever le camp, la faute à ces centaines de petites mouches qui nous assaillent avec vigueur. Impossible de tenter une sieste. Le soleil se fait fort aujourd'hui, mais il ne nous arrête pas, motivés par le désir d'aller de l'avant. Les épines menaçantes des massifs de piquants que nous traversons ne nous freinent pas plus. La marche est très active. La sueur coule et trempe jusqu'au fond du pantalon. Nous faisons maintenant route au Sud-est et nous rapprochons de plus en plus des Ndotos. Nous avançons bien et avalons montées et descentes. Je suis calé par le rythme de cette gazelle qui m'accompagne, prénommée David... Si parfois je laisse Joseph en arrière alors qu'il récupère d'un effort précédent, je suis la plupart du temps un peu en retrait tout de même. Une montée un peu plus rude que les autres nous mène vers le point culminant de notre journée. A l'arrivée, nos efforts sont récompensés par une belle vue sur les chaînes montagneuses qui nous guident. Là où s'arrêtent les Ndotos mountains commencent les Matthews range....

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Selon David, nous devons trouver la piste des éléphants : La Milgis river et ses affluents. C'est elle qui nous mènera en grande partie vers Wamba. Quelques conseils de voyageurs que nous croisons, quelques collines à monter et à descendre, et enfin nous débouchons près de Lokumukum dans une large rivière de sable et de poussière. Immédiatement, nous reconnaissons les empreintes larges des pachydermes. Apparemment, un groupe composé de 5 à 10 spécimens sont passés ici la veille. D'énormes bouses attestent ce dont nous informe un jeune berger.... Il nous faudra être prudents pour dresser le camp. Nous terminons la journée le soleil dans le dos pour cette dernière demi-heure dans la poussière. 

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Neuf heures en route depuis le départ ce matin, nous avons parcouru entre 35 et 40 kilomètres. Les mollets ont besoin de repos. Le camp est installé en bordure de rivière, protégé par quelques puits vides, eux-mêmes bordés par des branchages épineux. Comme si cela ne suffisait pas, nous allumons un grand feu que nous essayerons d'alimenter toute la nuit. Le bois sec ne manque pas, mais je me demande tout de même si nous en avons ramassé suffisamment pour garantir une flambée une nuit complète..... Au moins serons-nous rassurés un minimum....

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J'ai du mal à croire que nous allons nous faire écraser dans la nuit par des éléphants en maraude, mais le souvenir d'une nuit mouvementée à l'orée de la réserve Masaï Mara me revient en tête, alors que, minuscule dans ma minuscule tente, je cherche le sommeil. Cette nuit là, 2 ans auparavant, des éléphants avaient pénétré dans le campement. Leurs barrissements presque félins s'étaient mélangés aux ricanements des hyènes, pour une nuit au comble de l'excitation, mais proche de la terreur. Pour l'heure, je ne perçois que le crépitement des hautes flammes qui sont censées nous protéger...

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Commentaires

Belle expédition !

Ecrit par : voyage au kenya | 24.04.2012

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