17.01.2012

La médecine africaine au coeur de la brousse Samburu

Samedi 09 août 2008 - Lesirikan

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Les merveilleuses images (au sens propre) que j'ai découvertes aujourd'hui, défilent, imprimées devant mes yeux, alors que je peine à trouver le sommeil, tourné vers le mur, comme pour éviter d'entendre mes compagnons ronfler, mais aussi pour soulager mon corps de la dureté du béton sur lequel nous sommes allongés ce soir. La veille, les étoiles nous regardaient nous faire transpercer par les épines que nous avions oublié de dégager du sol. Ce soir, le porche sous lequel nous sommes installés ne nous permet pas de voir la voûte céleste...

Le réveil au petit matin est doux, pas de basse-cour pour nous informer de l'horaire. Seul un chacal jappe quelque part, pas très loin du bivouac. La nuit a été fraîche. Elle a surtout été très humide. Je m'étais endormi vite. Quelques heures plus tard, je grelotte, tout nu, dans mon double linceul "sac à viande-micro tente" et je dois m'habiller chaudement. L'humidité est responsable en grande partie de ce froid. Mon mini-matelas autogonflant est à plat pour son baptême, percé d'épines vicieuses. J'entends David parler d'autruches dans son sommeil, puis je sens la fumée d'une cigarette qu'il grille pour se réchauffer. Je me roule alors en chien de fusil, couché sur le côté, plein de sommeil et ressentant tout juste le sol dur sous mon flanc. Bientôt, l'odeur douceâtre et réconfortante du feu de bois vole jusqu'à mes narines et me force à ouvrir un œil, puis les deux. Je sais que ce feu du matin est synonyme de thé et de nouilles chinoises...

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La plaine est toujours aussi immense, sèche, poussiéreuse, sablonneuse, rase et déserte. Nous croisons durant la première heure quelques bergers, armés bien évidemment, et aussi équipés de walkie-talkie longue portée. La suite sera plus monotone....

 

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Nous arrivons en début d'après midi au village de Lesirikan, qui me semble identique à de nombreux autres : une large avenue, des échoppes de chaque côté de la rue, des Samburus assis çà et là (surtout des hommes), d'autres vaquant aux achats (surtout des femmes), quelques enfants jouant dans la poussière. Des boutiques, ça veut dire que je vais peut-être trouver du Stoney Tangawizi. Je ne suis pas un grand fan de boissons gazeuses style soda, mais je dois reconnaître que quand il y a du Stoney, je me jette dessus car j'adore !!!  Ce soda au gingembre a un goût unique et très tonifiant ! A peine sommes nous installés pour notre dégustation, que les enfants viennent autour de nous, afin de nous observer. Ils sont suivis de près par leurs aînés. Selon David, nos amis curieux sont là pour voir le "muzungu qui marche". Visiblement, ils interviewent David sur qui je suis, où nous allons, pourquoi faire et pourquoi à pied. Ils semblent étonnés, la chose ne doit pas être courante....

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Et là, dans les minutes qui suivent, je vais avoir un choc ! Je fais une découverte insoupçonnable. Jamais je n'aurais pensé un seul instant que nous allions croiser un tel endroit !! Un peu à l'écart du village, sur une grande étendue plane, un centre médical unique en son genre. Nous sommes au coeur du centre de santé SAIDIA (Samburu AID In Africa). SAIDIA est une organisation non-gouvernementale, dispensant dans le district Samburu des services de santé curative et préventive, à 50 000 personnes, soit environ le tiers de la population du district. Cette organisation met également en place des bourses pour l'éducation et apporte son soutien aux initiatives de développement communautaire

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En 1985, alors que Lesirikan n'était qu'un petit hameau de quelques bâtisses en bois perchées sur le bord de la plaine El Barta, au pied des monts Ndoto, les habitants implorèrent de l’aide. Vingt ans auparavant, ils avaient construit une clinique rustique, dans l'espoir que des médecins et des infirmiers viennent s'y installer, mais hélas, elle resta vide de toute activité. Cet appel, porté par un jeune homme originaire du village, fût entendu par des amoureux de cette région, un réalisateur de documentaires, une auteur de best-sellers, correspondante au Financial Times, ainsi qu'un médecin réputé. A eux trois, ils réussissent à rassembler suffisamment de fonds pour équiper et faire exploiter un dispensaire à Lesirikan. SAIDIA venait de naître. Au fil du temps, il est devenu évident que la prestation de soins de santé n'était qu'une étape dans l'aide à la communauté Samburu. Les responsables de SAIDIA diversifièrent alors leurs activités en prenant également en compte les programmes d'éducation, de l'eau, du bétail, de l'environnement, de l'élevage, ou encore de l'apiculture, activités génératrices de revenus pour la population.

Aujourd’hui, les soins s'étendent, par le biais d'un 2ème centre et d'unités sanitaires mobiles, à 25 villages éloignés, le centre de Lesirikan étant le plus développé, puisque équipé de nombreuses salles spécialisées, telles que laboratoire de diagnostic et de traitement du paludisme, salles d'accouchement, d'ophtalmologie et autres infirmeries. Les affections les plus courantes qui y sont traitées sont les infections des voies respiratoires, le paludisme, les infections oculaires, les atteintes cutanées, les affections intestinales, ainsi que les maladies sexuellement transmissibles.

La prévention est très largement prise en compte par le biais de l'information et de la formation quant aux pratiques d'hygiène quotidiennes. Un service de planification familiale permet de fournir une aide aux mères en phase prénatale. Ainsi, des infirmières peuvent même aider les mamans à donner la vie dans leur propre village, limitant largement la mortalité à la naissance. Alors que la pandémie du sida a dévasté de nombreuses communautés du Kenya, le district Samburu en est à ce jour plutôt préservé. Une soixantaine d'éducateurs sillonnent la région pour y prodiguer des sessions informatives et préventives, au cours desquelles sont abordés les relations sexuelles ou la consommation de drogue. De même, l’autre sujet d'importance contre lequel milite SAIDIA est l'excision et ses risques sanitaires. Interdite au Kenya, cette coutume est malheureusement toujours pratiquée par de nombreuses tribus, dont les Samburus.

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Dès notre arrivée dans ce centre de soins, je suis épaté par les bâtiments qui le composent. Ils sont tous magnifiquement décorés de fresques un peu naïves, représentant les activités qui s'y déroulent. Nous sommes accueillis par les médecins et autres personnels qui y officient. Un thé est évidemment servi en guise de bienvenue et nous entamons ensemble une discussion à bâtons rompus sur ce lieu merveilleux et surprenant. Ils évoquent la malaria et les traitements qui manquent parfois. Je leur parle des produits à base d’artémise. Ils les connaissent et savent leur bienfaits, mais malheureusement n'en bénéficient pas. Lorsque j'évoque les 3 lettres "FGM" que je ne connais pas et qui ornent certaines des peintures, ils sont un peu gênés et m'expliquent que cela veut dire "Female Genital Mutilation". Le sujet n'est pas facile pour ces jeunes hommes qui m’entourent et ils éludent rapidement le sujet. Ils dévient sur les coutumes mutilantes des Somaliens et me questionnent sur la situation de cette pratique en France…

Je prends mon temps pour visiter tranquillement le lieu, alors que quelques gouttes de pluie sont lâchées par des nuages descendus des montagnes. Pas assez toutefois pour reverdir les flancs boisés des Ndoto, pas assez pour engraisser les bêtes, pas assez pour remplir les citernes… Mes compagnons regardent le ciel et concluent que ce n'est, hélas, qu’une ondée passagère. Cela ne les empêche toutefois pas de garder sourire et optimisme, tel qu’à leur habitude... Pour ma part, je suis vraiment bluffé par ce centre de soins, par l’énergie et la motivation qu’y met le personnel médical. Je reste de longs moments devant chaque fresque et félicite intérieurement le jeune peintre ayant contribué à faire de cet endroit un lieu accueillant et presque ludique...

  

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La fin de journée approche, la nuit va bientôt tomber. Patrick arrive avec la voiture. C’est bon, on va avoir un peu de ravitaillement, mais j’ai crains un moment qu’il n’arrive pas…. J’apprécie de plus en plus la compagnie de Joseph, notre guide Turkana. Autant j’avais été méfiant le premier soir, autant je considère Joseph comme un compagnon fidèle et efficace. Il porte fièrement les sandales blanches dont il rêvait et que je lui avais achetées à South Horr, alors qu’il était redescendu du Mont Nyiru avec ses tongs déchirées. Ce soir, pour lui prouver combien je tiens à lui et lui dire l’importance de son rôle à mes côtés, je lui offre un petit sac africain en tissu, garni d’un couteau suisse multifonctions. Son regard à la découverte de ce présent et sa poignée de main en remerciements m'émeuvent et me font chaud au cœur…. Je ne pouvais pas faire moins qu’un acte généreux en ce lieu symbolisant si bien la générosité des hommes...

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Commentaires

Bonsoir merci pour cet envoi. ... Avez vous été dans la région de Maralal. Et d isiolo ??? Malheureusement l hôpital gouvernemental de Maralal. N est pas comparable ....( a noter que les personnes étant" détectées. Séropositives"... Ne reçoivent en traitement. Que. :des vitamines. Et des antibiotiques ...!!!???). Si vous souhaitez me contacter pour de plus amples discutions. Vous pouvez me recontacter sur ma boîte mail Perso ....... Dans l attente de vous lire .... Cordialement. Nguilou. French Samburu.

Ecrit par : just lema | 17.01.2012

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