11.01.2012

Rester finalement à South Horr

Jeudi 07 août 2008 - South Horr

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Lorsque nous avons atteint South Horr, j'étais persuadé que nous repartirions immédiatement en direction de Wamba après y avoir passé une nuit. Cela ne me satisfaisait pas vraiment, car dans mon souvenir, South Horr était si idyllique que j'avais vraiment envie d'y passer une journée complète.... Ce souhait va être exaucé, et je le comprends rapidement peu après mon réveil le lendemain, quand je vois le peu d'entrain que mes compagnons d'aventure mettent à s'activer...

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L'arrivée au campement est un bonheur car South Horr est rafraîchissante. D'abord cette douce rivière, ensuite l'ombrage apaisant des acacias me font m'y sentir bien à mon aise. Nous y avons rejoint Carls Waineina de Wanderingnomads. Je ne l'avais pas revu depuis sa venue en France en 2007. Il n'a pas changé, toujours aussi calme, sûr de lui et de ses actions. Il est accompagné de Yannick, un trekkeur Suisse avec qui j'avais été en contact pendant qu'il organisait son voyage. Ils sont de retour du Nord du lac Turkana après une fantastique virée : Parkati, lac Logipi, Nabuyatom, Southern Island et central Island au milieu du lac Turkana, Koobi Fora plus au nord.... La suite de leur programme : redescendre la vallée du rift le long des lacs Bogoria et Baringo pour y découvrir de nouvelles merveilles picturales et animales, bien évidemment colorées.

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Rapidement, Mama Zjizjan, la maman de David nous rend visite et c'est avec fierté qu'au bras de son fils, elle me convie ce soir pour un thé dans sa manyatta. La nuit tombe vite, et c'est dans une obscurité des plus totales que je suis David sur des sentiers poussiéreux et dans le lit de rivières à sec. Ma lampe frontale ne sert pas à grand chose d'autre de d'éclairer timidement mes pieds... Les distances semblent toujours beaucoup plus longues dans le noir et il nous faut plus de 30 minutes pour atteindre notre destination. La famille toute entière est réunie, et on me fait comprendre une nouvelle fois que je suis un invité d'honneur, en tant que premier blanc à rendre visite à Mama Zjizjan... Cette vieille femme aux traits fatigués est marquée par le temps, les efforts et les aléas de la vie. Elle a perdu un bras quand elle était enfant et plus tard, un des ses yeux a cessé de fonctionner... Cela ne l'empêche pourtant pas de communiquer avec gouaille et enthousiasme, le tout empreint de timidité. Curieux mais attachant mélange.... Le thé est fumé, sucré et brûlant, l'ambiance est bonne, cette soirée est l'occasion de rassembler famille et voisins. Je ne comprends pas ce qu'il se dit, mais je savoure chaque instant. Il se fait tard à présent et la faim me tenaille l'estomac. En rentrant, je me jette sur le reste du repas préparé par Carls en mon absence, avant de les rejoindre, lui et Yannick, au bar local pour disserter sur l'Afrique, le Nord Kenya et les voyages, tout en buvant des bières.

Sachant que la route était longue et les rencontres potentiellement nombreuses, je n'avais pas donné à l'école de Parkati la totalité des fournitures scolaires que je possède. Ainsi, il me reste pas mal de crayons, stylos et autres craies. Je n'avais pas eu l'occasion de le faire en 2006, mais là j'ai un peu de temps pour visiter cette école. C'est quasiment l'heure de midi, le soleil cogne très fort, les rues sont désertées et c'est dans l'ombre qu'on y rencontre quelques personnes proches de la sieste.... Je flâne dans la chaleur et m'arrête régulièrement échanger quelques mots au gré de mes rencontres. Les jeunes femmes sont colorées et portent leurs larges colliers de perles que d'autres, plus âgées, confectionnent à même le sol, sous la fraîcheur d'arbres généreux, bien abritées des rayons ardents.

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Dans un brouhaha d'enfer, je pénètre dans l'enceinte de l'école. C'est l'heure de "la gamelle". Un grand nombre d'écoliers est regroupé proche de l'entrée pour partager leur repas. Je dois passer au travers des groupes pour rejoindre les bureaux. Les enfants ne font pas grand cas de ma présence, cela me change de d'habitude. Il ne leur reste que quelques jours d'effort avant leurs vacances scolaires, aussi ils sont sûrement bien plus préoccupés à les préparer que de s'intéresser à mon intrusion.

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L'école n'a rien à voir avec celles de Parkati ou de Tuum. Les bâtiments sont nombreux et semblent propres. Elle possède un immense terrain de sport bien plat et les cours sont arborées. Je passe un moment avec les responsables scolaires. Mes dons sont une nouvelle fois appréciés et comme le veut l'usage, je signe avec plaisir le livre d'or.

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L'après-midi sera synonyme de repos, de soins, de viande fraîchement grillée, de lecture, d'écriture et de discussion avec Yannick et avec les visiteurs, jeunes et moins jeunes, curieux de voir ces muzungus dans leur village. Alors que je suis plongé dans un chapitre d'Africa Trek, un papy au sourire malicieux, mais aux yeux presque éteints, vient s'asseoir près de moi et me parle. Je suis seul avec lui, alors évidemment je ne peux comprendre tous ses mots, mixés dans une sauce anglo-swahilie, mais nous établissons un échange. Je lui montre des photos de mon livre, des vidéos prises lors des jours précédents. Il me parle de sa vie, des troupeaux qu'il a possédés, de la révolte des Mau-Mau, de Kenyatta et de la déclaration d'indépendance. Selon ses dires (et ma compréhension) la vie lui semblait meilleure avant que les Britanniques ne laissent les Kenyans se diriger eux-mêmes. Je ne sais qu'en penser... Nous faisons une séance photo qui nous fera rire tous les deux, et c'est les poches lestées de tabac qu'il regagnera les siens. Rencontre simple, sincère et émouvante, comme je les aime.....
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J'aime South Horr, mais en général tous les visiteurs de passage aiment South Horr. J'aime South Horr aussi parce que j'aime les oasis. Mais en général, tout le monde aime les oasis. Je ne suis pas un cas particulier, et c'est donc normal que je m'y sente bien, apaisé, comme protégé par cette quiétude, par cette tranquillité, par cette verdure dominante et sans doute également par ces sommets paradisiaques proches.

C'est pour cela que je ne regrette pas d'être resté finalement à South Horr....

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